L’importance de la pollinisation croisée chez les fruitiers.
Actu janvier 2026
Comprendre pourquoi vos pommiers, poiriers, abricotiers… ont besoin de voisins compatibles
La pollinisation est un phénomène naturel fascinant, souvent invisible à l’œil du jardinier, mais essentiel à la formation des fruits. Sans bonne pollinisation, pas de récolte satisfaisante : fruits rares, petits, malformés ou qui chutent avant maturité.
Voyons ensemble comment cela fonctionne et pourquoi planter plusieurs variétés compatibles est souvent indispensable.
Le principe de la pollinisation
La pollinisation correspond au transfert du pollen — produit par les étamines (organe mâle de la fleur) — vers le pistil, qui porte l’ovule (organe femelle).
Chez les fruitiers, ce transfert est assuré presque exclusivement par les insectes pollinisateurs, principalement les abeilles et les bourdons, attirés par le parfum et le nectar des fleurs.
Une fois le pollen déposé sur le pistil, un tube pollinique se développe jusqu’à l’ovule qu’il fécondera. Cette fécondation donnera naissance à la graine… et le fruit se développera autour d’elle.

Autofertile ou autostérile : quelle différence ?
Les variétés autofertiles
Elles sont capables de produire des fruits avec leur propre pollen.
Cela signifie que la pollinisation entre fleurs d’un même arbre est possible, même si la présence d’insectes reste nécessaire pour transporter le pollen.
Exemples d’espèces ou variétés autofertiles :
- Certaines variétés de pruniers dont Reine-Claude d’Oullins, Quetsche d’Alsace…
- Plusieurs abricotiers parmi lesquels Précoce de Saumur, Rouge du Roussillon ou encore Polonais…
- Beaucoup de cerisiers comme Bigarreau Blanc et même Reverchon !

L’autofertilité ne garantit pas une grande production : même les variétés dites autofertiles portent plus lorsqu’elles bénéficient d’une pollinisation croisée.
Les variétés autostérile
Elles ne peuvent pas utiliser leur propre pollen : celui-ci est incompatible avec leurs ovules.
Pour fructifier, elles nécessitent obligatoirement une autre variété de la même espèce, fleurissant à la même période.
Exemples de variétés autostériles :
- La grande majorité des poiriers : Conférence, Williams Bon Chrétien, Louise Bonne d’Avranches…
- Beaucoup de pommiers : Chailleux, Reinette Clochard, Patte de Loup…
Planter un seul poirier autostérile isolé donne presque toujours… un poirier sans poires.

La pollinisation croisée : une histoire de compatibilité
Pour que deux fruitiers puissent se polliniser entre eux, trois conditions doivent être réunies :
- Même espèce botanique
- Un pommier ne peut polliniser qu’un autre pommier.
- Un poirier ne pollinise qu’un poirier.
- Pommiers et poiriers sont donc incompatibles entre eux.
- Variétés différentes
Deux pommiers « Reine des Reinettes » ne se polliniseront pas mutuellement.
Il faut par exemple « Belle de Boskoop » + « Cox’s Orange Pippin » ou en poires « Beurré Hardy » + « Président Héron ». - Floraison simultanée
Les floraisons doivent se croiser dans le temps :
si l’un fleurit début avril et l’autre fin avril, la pollinisation sera inefficace.
Sur chaque fiche technique de variété nous vous proposons des associations de pollinisation. Attention, ces listes ne sont pas exhaustives.

Après la pollinisation : que se passe-t-il ?
Une fois le grain de pollen arrivé sur le pistil et la fécondation réalisée :
- Le tube pollinique atteint l’ovule → formation de la graine.
- Le fruit commence à se développer autour de cette graine.
- Les cellules du fruit se multiplient puis grossissent, donnant le calibre final.
- Le fruit accumule sucres, arômes et eau jusqu’à maturité.
Sans fécondation, la fleur sèche et tombe : aucun fruit ne peut se former.

Comment optimiser la pollinisation dans votre verger ?
- Planter au moins deux variétés compatibles pour les pommiers et poiriers.
- Favoriser les pollinisateurs : fleurs mellifères, absence de pesticides pendant la floraison.
- Garder une distance raisonnable entre arbres (20–40 m maximum pour de bons échanges de pollen).
- Préférer 3 variétés plutôt que deux dans un verger familial pour sécuriser la floraison.

Les auxiliaires pollinisateurs : qui sont-ils et comment les attirer ?
Si les abeilles domestiques sont les plus connues, elles ne sont pas les seules à assurer la pollinisation au verger. Une grande diversité d’insectes intervient, chacun avec son mode de butinage et sa période d’activité :
- Abeille domestique (Apis mellifera) : très active en colonies nombreuses, elle assure la majorité des transferts de pollen au printemps.
- Bourdons : excellents pollinisateurs par temps frais ou couvert, quand les abeilles sortent moins.
- Abeilles solitaires (osmies, mégachiles…) : discrètes mais redoutablement efficaces, elles visitent des milliers de fleurs chaque jour.
- Papillons et syrphes : moins spécialisés, mais participants importants à la biodiversité du verger.
- Coléoptères pollinisateurs : moins précis mais présents sur certaines floraisons précoces.
Pour maximiser leur présence au moment crucial de floraison, il est essentiel de favoriser leur installation :

Aménager des habitats
- Installez des cabanes à insectes adaptées aux abeilles solitaires : blocs percés, tiges creuses, briques à alvéoles…
- Laissez quelques zones semi-sauvages : tas de bois, murets en pierre, zones herbeuses non tondues.

Offrir de la nourriture toute l’année
- Semez ou conservez des bandes fleuries avec des espèces étalant leur floraison du début du printemps à l’automne : phacélie, trèfle incarnat, bourrache, centaurée, achillée, lavande, etc.
- Préservez les fleurs spontanées comme le pissenlit ou la cardère, précieuses en début de saison.
Protéger les pollinisateurs
- Évitez tout traitement phytosanitaire pendant la floraison, même biologique.
- Privilégiez des pratiques douces : paillage, biodiversité, absence d’insecticides.
Un verger bien pollinisé, c’est avant tout un verger vivant ! En créant des zones attractives pour ces auxiliaires, vous améliorez naturellement la fécondation, le calibre et la régularité de vos récoltes.

En résumé
La pollinisation croisée n’est pas un détail : c’est le cœur même de la production fruitière. Comprendre les besoins de chaque variété, surtout pour les espèces autostériles comme les poiriers et pommiers, garantit des récoltes généreuses, régulières et de qualité.